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Motobécane AV88

Il devrait y avoir un Panthéon pour les véhicules français mythiques. Ces morceaux de patrimoine qui ont contribué au labeur des masses populaires en leurs temps... Nul doute alors que la « Bleue », et notamment la fameuse AV88, y aurait une place de choix !

Texte Thibaut Amant, photos Vincent Lyky

Monument national

Il devrait y avoir un Panthéon pour les véhicules français mythiques. Ces morceaux de patrimoine qui ont contribué au labeur des masses populaires en leurs temps… Nul doute alors que la « Bleue », et notamment la fameuse AV88, y aurait une place de choix !

Faut-il encore la présenter ? Oui, puisque (encore) un beau modèle vient de croiser notre chemin, lors d’une session de reportages divers et variés dans nos campagnes françaises auprès de collectionneurs passionnés… « J’ai aussi une AV88 restaurée, ça vous dit ? » ; allez, on s’en remet une tranche, pour la route, comme on dit…

Histoire d’une couleur

L’histoire de la « Bleue » n’est pourtant pas simple pour le néophyte en la matière. Remontons à 1956. Motobécane vient de mettre au point son cadre coque à réservoir de 5 litres. L’AV78 est la première mobylette de la marque à en profiter, autant que la suspension à fourche télescopique ! Elle est équipée du bloc AV7 à variateur apparu deux ans plus tôt. Problème : l’AV78 n’est pas bleue, mais beige. Enfin, pour les exemplaires de pré-série car, que tout le monde se rassure, au moment de la commercialisation, ce sera devenue la première Schtroumpfette ! L’AV78 va être déclinée en de nombreuses versions et évolutions parmi lesquelles la majeure, en 1960, notre mythique AV88. Directement issue de l’AV87, au style différencié dans la généalogie, et dotée d’un bras oscillant et deux amortisseurs arrière, l’AV88 adopte en plus la fourche télescopique habillée ! C’est le modèle luxe de la gamme « bleue ». En octobre 1963, toute la gamme se modernise : les lignes se tendent, le phare devient rectangulaire… L’AV88 n’y échappe pas mais conserve son réservoir chromé. Plus rien ne change alors – ou presque, moteur « carré » en 1966… – pendant dix ans : l’AV88 est pratiquement la seule à représenter la bleue (avec l’AV85 qui s’arrêtera en 1974) et remplit en très grande majorité les carnets de commande de Pantin ! C’est le raz de marée, le haut de la vague… Pour 1974, elle devient AV88L (phare trapézoïdal, selle « pouf » large…) ou LC avec des clignotants, un volant magnétique et une biplace au choix. En 1977, c’est le retour du phare rond, puis une nouvelle selle grand confort moins anguleuse, une fourche à soufflet enserre un garde-boue avant plus étroit. En 1982 la 88 devient 881 en adoptant le bloc AV10 à admission par clapets. Fourche et phare redeviennent ceux d’avant 1977 (faut suivre…) et le garde-boue avant, redessiné, est chromé. Evidemment les carters latéraux de carénage voient leur dessin adapté au nouveau moteur. Ce seront les dernières grandes évolutions du modèle, désormais en demi-teinte dans les ventes – la 51 est la nouvelle vedette -, mais sa carrière va s’étaler jusqu’à… 2002 !

La selle biplace était disponible en option ou en accessoire chez des revendeurs spécialisés. Notez le petit 88 en décalcomanie sur les flancs…

J’EN veux une !

La 88 est longue, mais chaque gabarit y trouvera sa place. Sous les yeux, on a le magnifique réservoir chromé qui donne une impression de luxe, dans le plus pur style des machines anglaises des sixties ! La machine est faite pour voyager loin mais sans nervosité : l’AV7 est bien moins performant que l’AV10, faut admettre, et réclame d’allonger en douceur. Qu’importe, laissons aux 51 les joies des kits « perfo » pour profiter du paysage. Et le tout dans un bon confort : la selle ne vous casse pas le c…, les suspensions avant et arrière rendent en outre le comportement très sain. Ajoutons que la profusion d’accessoires à l’époque peuvent rendre aujourd’hui la machine encore plus désirable : un pare-jambes d’époque, une paire de sacoches assortie, des chromes ici ou là, une selle biplace… On peut tout envisager pour en faire sa « Bleue » à soi. J’ai vendu la mienne il y a peu, j’aurais pas dû. Si vous avez une base de restauration à me refourguer, je peux être preneur ! Méfiez-vous, ne me tentez pas !

En acheter une

Avec trois phares (donc trois looks) et deux moteurs au choix au fil d’une longue carrière, vouloir acheter une AV88 veut tout et rien dire à la fois ! Bête de somme jusqu’à il y a encore peu avant de devenir un collector, la 88 a généralement connu des carrières « difficiles ». Quand le moteur cassait on en remettait un autre, pas forcément le bon, encore moins du millésime adéquat. Idem pour les poignées, pédales, selle, feu, phare… Les chromes peuvent être piqués de partout, les couvercles de boîte à outils sous la selle manquer, bref, tant que ça roulait. Il faudra donc restaurer, retrouver. Heureusement, la plupart des pièces mécaniques sont disponibles, et l’on trouvera d’occasion de quoi se remettre en ligne sur le plan cosmétique. Parlons un peu d’argent : l’AV88 est à tous les prix, mais c’est à la hausse ! Du beau voire très beau, avec le souci de l’origine, ça frise les 2 000/2 500 €. Cher. La moyenne se situe pour une machine en état de marche et propre à 1 400/1 500 €. Ensuite, aux alentours des 1 000 balles, il y a les modèles « mystères » : dans un jus approximatif, vous pouvez trouver un modèle qui nécessite quelques frais mais qui vaut ce prix, comme (la majorité) des semi-épaves dont le propriétaire est un rêveur opportuniste. Une base de restauration se négocie 300/500 euros suivant état mécanique et cosmétique, complet ou pas du tout.

Fiche technique

Moteur

Monocylindre 2 temps refroidi par air, type AV7/10, 49,3 cm3 (39×41,8 mm), 2,8 ch à 5 500 tr/mn, 2 Nm à 5 000 tr/mn, volant magnétique, carburateur Dell’Orto SHA ou Gurtner 12 mm

Transmission

Automatique centrifuge, variateur, secondaire par chaîne

Châssis

Cadre coque acier formant réservoir

Suspensions

Fourche avant télescopique, arrière bras oscillant, amortisseurs à ressorts

Freins

Tambours 80 mm AV, 100 mm AR

Roues

2.25×18

Dimensions

Longueur 1,76 m, largeur 0,69 m

Poids

65 kg

Vitesse maxi

45 km/h.

La petit boîte à outils permet toujours d’emmener quelques outils (notamment pour les crevaisons !) et une bougie de rechange…

Sympa ! L’autocollant du concessionnaire d’époque est toujours là…

Le réservoir chromé a toujours une aussi belle allure !

Le petit phare est surmonté de son compteur de vitesse intégré.

Article paru dans 50 Power n°31 (mars 2026), pages 16 à 21.

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