Texte Xavier Crouzet, photos Vincent Lyky
Avant l’heure
En 1979, quatorze ans avant la sortie du Fox, Peugeot avait déjà tenté l’expérience du cyclo suréquipé à double variateur avec le 105 D : la version toutes options du 105, modèle élaboré sur les bases du déjà mythique 103. La tentative n’a pas laissé un souvenir impérissable dans le cœur des amateurs ; pourtant, cette machine au look moderne regorgeait de qualités.
Le f ox
Le 105 a existé en plusieurs versions, comme la plupart des cyclomoteurs Peugeot de cette époque. Le 105 V, modèle d’entrée de gamme, reprend le moteur basculant à simple variateur du 103. La version D, qui nous concerne, inaugure une mécanique inédite de conception moderne, qui reprend le cylindre et la culasse du 103, mais un bas moteur tout nouveau à double vario ! Ce n’est pas le premier cyclo de la gamme Peugeot à adopter ce type de variation, le concept a déjà été vu chez Peugeot notamment sur les modèles TSM et TSE, mais ces derniers reprenaient le bloc moteur complet du 103, auquel il avait été rajouté une poulie à correcteur de compte et un étrange réducteur à courroie crantée, le tout installé sur un bras oscillant de 103 modifié. Ce qui n’est pas le cas ici. Le 105 D possède un bloc moteur en alu sur lequel est greffé un double variateur qui utilise l’embrayage de 103. Le correcteur de couple entraîne un réducteur à pignon enfermé dans le carter et baignant dans de l’huile de boîte. Le carter d’allumage en alu est bien dessiné et l’on distingue sur le bas de celui-ci une petite excroissance qui cache le démarreur électrique. On retrouvera ce même moteur sur le curieux Scoper sorti plus tard, et une « variante » de ce bloc à cylindre vertical équipera les futures TXR puis XP. Ce principe de moteur offre un agrément de conduite supérieur au moteur basculant. Les vibrations sont moindres et la montée en régime est moins sujette aux soubresauts du moteur, lors du passage sur un nid de poule par exemple. A l’oreille, le régime semble plus stable, et au ressenti la sensation est plus douce. Niveau performances pures, on note un réel gain par rapport au simple variateur sur les accélérations et la capacité à monter les côtes. Le moteur prend les tours plus rapidement et conserve son régime sur les dénivelés. Un double variateur « rétrograde » mieux et permet donc d’exploiter le couple de façon plus efficace qu’un simple vario. Une sensation de conduite de scooter, sur une « mob ». Quant à la vitesse, pas de surprise, c’est 45 km/h pour tout le monde.
Un AIR de famille
De face, la filiation avec la famille Peugeot est indéniable : on croit avoir affaire à un
Le 105 reprend tous les codes esthétiques de Peugeot.
La selle est large et confortable.
En acheter une
Pour le collectionneur, le 105 est un bon choix ! Une machine bourrée de qualités, rare, que l’on ne retrouvera pas en des dizaines d’exemplaire à la première rencontre d’amateurs. Mais elle est relativement exigeante : certaines pièces moteur sont actuellement introuvables, quant aux carénages même combat. Si vous avez beaucoup de chance, vous arriverez à dénicher une des dernières versions 105 DR sans pédales avec cale-pied. Niveau budget, les tarifs commencent à environ 500 € pour des modèles présentables, et ils sont relativement courants. Ce n’est pas un cyclo qui a été bricolé à outrance et vous n’aurez pas de mal à en trouver un exemplaire d’origine. Les versions à simple et double variateur étant affichés à des tarifs assez comparables, je ne peux que vous recommander de vous orienter vers le double ! Un très beau modèle de ce type peut se négocier autour des 1 000 €.
Le réservoir en plastique ne rouillera pas !
103 MV, car le 105 en reprend toute la partie avant. Mais en y regardant de plus près, l’accastillage interpelle. N’oublions pas que nous entrons dans les années 80, la décennie qui a vu arriver l’ère du plastique à la vitesse d’un tsunami, qui a emmené avec lui le style des années 70, les chromes, la tôle et la finesse. Le 105 reprend tous les codes esthétiques de Peugeot, beaucoup d’éléments du 103 comme le feu arrière, les jante Leleu, la selle, les garde-boue et la fourche donc, mais tout le milieu de la machine est nouveau. Le cadre tubulaire est largement habillé, le réservoir en plastique étonne par son style, et la boîte à outils « boursoufflée » sous la selle étonne par son volume. Cette dernière cache en réalité la batterie qui sert à actionner le démarreur électrique ! Autre détail de style perturbant qui dénote du 103, les carters en plastique qui couvrent la transmission et la chaîne du pédalier. Ces caches partent du moteur et habillent les tôles d’acier qui composent le bras oscillant jusqu’à l’axe de roue arrière. L’ensemble donne un look particulier à ce cyclo qui fût surnommé à l’époque « mob tupperware ». Il est probable que Peugeot visait une clientèle plus âgée et désirant un confort de conduite accru avec ce cyclo, mais une chose est sûre, c’est qu’il n’a pas séduit les jeunes qui lui ont toujours préféré le bon vieux 103, pour lequel existait pléthore de pièces et accessoires de personnalisation en aftermarket.
Le petit truc en moins
Si c’est mieux, pourquoi ça n’a pas marché ? L’histoire auto et moto regorge d’exemples de modèles bien conçus, bien pensés et dignes d’intérêt qui n’ont pas rencontré le succès commercial. Il manque parfois un ingrédient pour que la sauce prenne, ou bien peut-être y a-t-il un ingrédient qui gâche tout. Il est compliqué de remplacer un modèle mythique. Peut-être à l’époque Peugeot croyait-il que ce moteur serait l’avenir de la gamme cyclomoteur ? L’histoire en a décidé autrement. Le Fox, sorti en 1993, a eu une destinée à peu près similaire. Tout était parfait sur le papier, mais dans les faits, il a eu du mal à convaincre également alors qu’il était mieux en tout point de vue que le 103. Un agrément supérieur, moins de vibrations, plus de performances, une selle plus confortable, un meilleur équipement, mais… Le petit truc en moins, le look, la coolitude, la moindre possibilité de personnaliser la machine… L’image ? Tout a pu concourir à faire du 105 une mob qui « n’intéressait pas ». Ce qui n’est sûrement pas le cas aujourd’hui en collection : la machine est rare, sachez vous y intéresser…
Voilà le gros avantage de ce cyclo.
Jonathan raffay
Encore une qui vient de chez John ! John (voir sa chaîne Youtube : 100 % mobylette youngtimer) nous a encore dégotté cette pépite en très bon état d’origine. Cette 105 D lui a été offerte il y a environ un an par une dame qui n’en avait pas l’utilité. Il lui a fait une révision sommaire qui lui a permis de reprendre la route rapidement. Une semaine après être allé le chercher, le 105 roulait déjà, c’est dire s’il y avait peu de travaux ! Cette version D avec clignotants, démarreur électrique, jantes Leleu, et vous l’avez compris, double variateur, distille un charme désuet qui ne laisse pas indifférent. Pour rappel, John a pour projet d’ouvrir un musée du cyclomoteurs dans lequel il exposerait toute sa collection. Un endroit dans lequel cette machine aura toute sa place, Nous lui souhaitons d’y parvenir rapidement…
Fiche technique
Moteur
Monocylindre 2 temps, 49,9 cm3 (40×39 mm), 2,5 ch, rapport volumétrique 8,5 :1, carburateur Gurtner 12 mm.
Transmission
Double variateur, embrayage centrifuge.
Suspensions
Fourche télescopique, bras oscillant.
Freins
Tambours avant/arrière Ø 80 mm.
Roues
AV 2.25×17, AR 2.25×17.
Dimensions
Longueur 1,72 m, largeur 0,60 m, hauteur 1,01 m.
Poids
56 kg.
Vitesse maxi
45 km/h.
Parfait sur le papier, le 105 a pourtant eu du mal à convaincre.
La mécanique est « propre » à l’image d’un Ciao.
Article paru dans 50 Power n°32 (juillet 2026), pages 28 à 33.
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