Texte Thibaut Amant, photos Vincent Lyky
Coup double !
Ultime avatar des Spécial de chez Motobécane, la 99Z est aussi la dernière création de l’inventeur de la Mobylette, Eric Jaulmes. La machine est bien connue pour sa particularité technique : un double piston !
Ce bloc cache bien son jeu, il faut être attentif pour déceler un AV7 différent…
Au milieu des années 70, il faut bien l’admettre, Motobécane n’a pas su rivaliser vraiment avec les cyclo-sports italiens. Sa saga des Spécial entamée à la fin des années 50 – et hormis les D52 à boîte 5 – n’avait qu’une allure un peu sportive avec leur fameux réservoir-selle reposant sur le cadre poutre classique et visible, mais pas la mécanique endiablée. La firme de Pantin n’avait pas vraiment de carte à jouer dans ce secteur, il est vrai, le succès de ses « Mobylette » étant tellement important… La clientèle de ces Spécial dans les années 60 puis 70 n’était ni sportive ni jeune : la très grande majorité se composait d’hommes d’âge mûr, souvent retraités, anciens motards ou ayant toujours rêvé de le devenir, qui s’offrait ainsi une machine aux allures de motocyclette, mais très facilement utilisable, et surtout économique. Le look désuet ne pardonnait plus dans ces années 70 hantées par des machines vraiment funs venues désormais d’Extrême-Orient. Pour autant, une clientèle était là et attendait peut-être un peu plus de nerf de la part de ces Spécial, lourdes à déplacer.
Comme un compresseur
L’infatigable mais bientôt retraité lui aussi Eric Jaulmes, l’ingénieur légendaire de chez Motobécane, va alors livrer sa dernière création technique, avant de passer la main à son fils Christian.
Une dernière « invention » – en réalité l’application de vieux brevets retrouvés – le « contre-piston ». Un nom déterminé pour déjouer les foudres des services d’homologation, car en réalité il s’agit surtout d’un double piston augmentant la capacité de mélange gazeux, donc plus ou moins de la cylindrée… C’est ainsi une évolution du bloc AV7 que nous découvrons. Le principe est d’ajouter sur le même axe de vilebrequin un piston auxiliaire de même cylindrée monté à l’inverse du classique : la course synchronisée des deux pistons permet de doubler la quantité de volume de gaz, lorsqu’ils se rapprochent c’est donc une forte quantité qui se retrouve
Fiche technique
Moteur
Monocylindre 2 temps refroidi par air, 49,9 cm3 (39×41,8 mm), 1,85 ch à 4 350 tr/mn, rapport volumétrique 9 :1, admission par clapets, “contre piston”, carburateur Gurtner 13 mm
Transmission
variateur Mobymatic – Châssis Poutre en acier
Suspensions
fourche télescopique, amortisseurs arrière
Freins
AV disque hydraulique 240 mm, AR à tambour 115 mm
Roues
2.75×17
Dimensions
longueur 1,82 m, largeur 0,64 m, empattement 1,21 m
Poids
67 kg
Vitesse maxi
45 km/h.
En acheter une
Il y en a rarement à vendre, il faudra être patient. Les collectionneursaccumulateurs de Motobécane se doivent d’en avoir une dans la rangée, donc dès qu’un bel exemplaire se trouve à vendre, c’est sous le manteau, entre initiés. Mais ne désespérez pas, une opportunité pourra se présenter. Dans ce cas, il faudra savoir sortir les brouzoufs nécessaires : une estimation entre 2 000 et 3 000 € pour quelque chose de beau, de propre, de parfaitement fonctionnel n’est pas une vue de l’esprit… A restaurer, il faut diviser par deux, « concours », ça devient déraisonnable… Pour autant, nous vous conseillons de prendre une machine vraiment complète et tournante. Car vous l’aurez compris, le moteur ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval. Cependant, il existe un filon : certaines voiturettes de marque Ligier ou Arola ont été équipés de cette évolution spécifique de l’AV7.
Bien équipée et essentiellement tournée vers les gros rouleurs, la 99Z est pratiquement une petite moto. Reste une ligne désuète pour son époque…
comprimée vers la chambre d’explosion. C’est un peu un effet de compresseur. Dans les faits, cela se traduit par un couple accru fortement à bas régime, donc au démarrage. Le principe est de donner à la Spécial un démarrage vif, plutôt que de chercher de la vitesse à haut régime, puisque l’on reste de toute façon limité à 45 km/h. Les essais de l’époque en témoignent, ça laisse souvent sur place en côte des 50cc sportifs à boîte de vitesses !
À l’anglaise
Sur le plan esthétique, la 99Z reprend les lignes de la 99, elle-même issue de la 98. On retrouve donc cette couleur rouge ou noir typique (modèle 93), soulignée des chromes en pagaille, et notamment les très beaux flasques de réservoir. Le caractère utilitaire est marqué par le porte-bagage et arceaux de sacoches, tandis que la selle biplace est évidemment une invitation au Grand Tourisme à deux. Le guidon assez bas et le long pot chromé ajoutent à l’élégance un peu austère de cette machine aujourd’hui chargée de nostalgie. Et malgré ce look un peu désuet, la Z est bien équipée : à l’avant on trouve un beau disque Shimano, efficace et mordant, mais peu endurant il est vrai, et compliqué d’entretien (remplissage d’huile malaisé de l’étrier). Il est rapporté que beaucoup d’utilisateurs à l’époque se verront proposé le remplacement à l’usage par un tambour classique. Notre bel exemplaire est encore doté de ce disque et c’est tant mieux, cela ajoute à l’aspect moto de cette mob pas comme les autres. Pour le reste, on dirait presque une machine anglaise des sixties, ce qui lui confère une allure presque excitante…
Article paru dans 50 Power n°29 (octobre 2025), pages 38 à 43.
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