Texte Thibaut Amant, photos Vincent Lyky
La MOB à mamie
Voulu comme un concurrent au VéloSolex, en plus pratique – et coloré -, le Cady s’est écoulé à un très grand nombre d’exemplaires et a connu une large évolution sur une assez longue période. Une popularité certaine, mais pas seulement auprès des jeunes, visés initialement… En témoigne ce Cady découvert en première main en 2022.
Dans les années 60, Motobécane a d’ores et déjà gagné la bataille du cyclomoteur, notamment à domicile : en France il se vend 600 000 Motobec’ pour 300 000 VéloSolex annuels en moyenne sur la décennie ! Peugeot complète le podium. Ça fait un sacré volume… Et Motobécane aimerait bien encore manger des parts sur son concurrent aux bicyclettes noires qui roulent toutes seules. La popularité du Solex à galet et traction avant est toujours très vive, vingt ans après son lancement… Ses atouts ? Un prix de vente serré, un gabarit et un poids aisés pour tout le monde, des performances suffisantes pour beaucoup d’utilisateurs, une consommation basse et une réputation de fiabilité… Rattrapée depuis longtemps : dans les années 50, c’était vrai compte tenu des machines contemporaines existantes, mais dans les années 60, il y a mieux qu’un Solex en termes de facilité et fiabilité d’usage. Mais les réputations ont la vie dure, et le Solex séduit dans les campagnes. Motobécane analyse tout cela, et au moment de remplacer ses vieilles AV32/42 se met à élaborer un concurrent sérieux au Solex, capable aussi de séduire un public qui en a marre de rouler sur le même destrier que le curé du bled : la jeunesse.
Tout nouveau tout beau
C’est en 1965 que le petit Cady apparaît : à cette époque, on ne sait pas vraiment en France ce que veut dire ce nom anglo-saxon. Les supermarchés avec leurs cages à roulettes dans lesquelles on entasse les marchandises n’existent pas encore vraiment et donc le nom Caddie n’est pas encore répandu et connoté. Par ailleurs, peu de Français jouent pour l’heure au golf et ne traîne pas derrière eux un chariot embarquant les clubs, que les Anglais ont baptisé Cady également. Bref, Motobécane « Chariot » en anglais dans le texte, ça
Yves Potier
Plus dure sera la chute ne veut rien dire… Au contraire, Cady, ça fait branché, dynamique, moderne. C’est Eric Jaulmes qui est à l’origine de cette nouvelle petite machine, cherchant à moderniser ou faire évoluer le concept initial de la première Mobylette. La nouvelle machine s’anoblit d’un tout nouveau bloc : le moteur Isodyne propose un embiellage en porte-à-faux, avec le fameux double embrayage automatique Dimoby et volant magnétique portés, à droite, par l’unique queue de vilebrequin. Le système d’admission est composé d’une longue pipe d’admission courbe de 20 centimètres qui débouche dans le cylindre à côté de l’échappement. C’est facile d’utilisation, comme une Mobylette. Bien plus facile qu’un Solex. Encore que… Sur le premier modèle de Cady, un dispositif coupe les gaz dès lors que l’on touche le frein avant, mais à l’usage le système se « dégraisse » et perd de son efficience causant des désagréments d’usage. Il sera abandonné sur la deuxième génération de Cady. Par ailleurs, la partie cycle est minimaliste avec l’utilisation de la technique de l’emboutissage bien évidemment pour le cadre, même si quelques éléments demeurent soudés. Le Cady ne pèse que
On vous a déjà présenté quelques machines de la famille Potier : le Griffon Sport du fiston, Emmanuel, la Bima du papa, Yves. Ce dernier est aussi propriétaire de ce Cady M1PRTS : « Il a été trouvé en 2022 dans un vide-maison. Ce Cady avait été acheté neuf pour une mamie qui n’avait pas le permis, mais elle est tombée avec et n’a plus jamais voulu remonter dessus ! Le Cady est restée stockée dans son sous-sol jusqu’à son décès. Les enfants ont alors organisés un vide-maison, et une amie de mes parents a vu la mob et téléphoné aussitôt connaissant la pasison de mon père » explique Emmanuel. « Il s’y est rendu aussitôt et l’a acheté, avec le casque bol rouge et les sacoches ! La mobylette était dans un superbe état, il l’a juste démontée pour la nettoyer, car elle était sous au moins vingt ans de poussière et de graisse de stockage. Il l’a révisée, mais n’a pas eu besoin d’acheter de pièces, mis à part des pneus ! ».
26 kg tout mouillé, n’a au départ pas de suspensions, ni à l’avant, ni à l’arrière, et il est freiné par un petit tambour de 70 mm à l’arrière et par un frein à patin à l’avant, totalement inutilisable sous la pluie, le mordant étant vaguement amélioré pratiquement dès les débuts avec un étrier d’un autre type… Ainsi gréé, il croise à 33 km/h (chiffre constructeur) pour 1,5 l/100 km (ce qui avec un réservoir de 2,8 l permet 180 km d’autonomie) ! C’est peu ou prou les performances du Solex S 3300 qui n’a plus pour lui qu’un très léger avantage tarifaire : 373 F pour le galet noir, 397 F pour le Cady
Fiche technique
Moteur
Monocylindre 2 temps refroidi par air, 49,9 cm3 (39×41,8 mm), 2 ch à 3 600 tr/mn, rapport volumétrique 9 :1, volant magnétique, un carburateur Gurtner 10 mm
Transmission
Par chaîne, embrayage automatique centrifuge
Châssis
Poutre en acier Suspensions fourche télescopique, amortisseurs arrière
Freins
AV patins sur jante, AR à tambour
Roues
19’’
Dimensions
longueur 1,62 m, largeur 0,62 m, empattement 1 m
Poids
26 kg
Vitesse maxi
33 km/h.
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Les Cady pullulent dans les annonces et c’est une des rares mobs à n’avoir pas atteint des prix démentiels… Comme son concurrent le Solex. Très largement diffusé, il ne se trouve cependant pas facilement en état nickel : machine populaire, peu demandée en collection, on en fait un peu tout et n’importe quoi et surtout on la laisse mourir au fond du cabanon de jardin. Prix de départ pour un exemplaire à restaurer de bout en bout mais complet, 100 à 150 €. La cote haute se monte à 500-600 € pour du « concours » ! La majorité des machines végètent entre 250 et 400 €, où il faudra reprendre partiellement la cosmétique, changer les consommables, et réaliser une grosse révision mécanique. Reste le choix de la version au gré des opportunités…
proposé dans une couleur plus gaie, un rouge grenat… Sans être l’estocade finale, Motobécane (et son pendant Motoconfort qui propose aussi le Cady) propose là un produit très concurrentiel…
Toute une carrière !
L’année suivante, on découvre le Plicady (type M1P au lieu de M1, pour Plicady), à petites roues de 16 pouces, destiné aux caravaniers : l’on pouvait démonter rapidement sa partie avant (système mis au point sur une bicyclette de la marque en 1963) pour le glisser dans la caravane. Sans succès. En 1967, on pense aux filles, qui constituent rapidement le gros de la clientèle du modèle, notamment les adolescentes : le M1PR (pour Petites Roues) s’équipe de jantes en 16 pouces au lieu de 19 (à noter que le Cady est vendu aussi chez Motoconfort, avec pour le type un C à la place du M : C1, C1PR…), ce qui permet d’abaisser l’assise, tandis qu’une gamme de couleurs est enfin proposée (rouge, bleu, blanc et topaze, une sorte de gris bleuté). Vélosolex a sorti entre temps son S 3800 et en 1968, il le déclinera lui aussi avec des couleurs ! La guerre est ouverte… Au fil des ans, le Cady reçoit des aménagements cosmétiques pour le maintenir en vogue (phare carré en plastique, plus haut, nouveaux autocollants, nouveaux coloris), mais évolue aussi techniquement : la suspension fait son apparition, avec une fourche télescopique à partir de 1969 (M1PRT, Petites Roues Télescopique), puis une suspension arrière par amortisseurs (M1PRTS, Petites Roues Télescopique Suspension) et donc bras oscillant ce qui implique une petite modification du cadre, tandis que garde-boue arrière reçoit des flancs plus enveloppants. Les M1PRT et PRTS sont retirés de la gamme quand le moteur est amélioré pour un peu plus de puissance en août 1974, avec trois paliers au lieu de deux (bloc Super Isodyne) sur le nouveau modèle M3 (PRT et PRTS). A noter cependant que les M1 et M1PR existent toujours, avec le moteur à deux paliers, ils recevront cependant le trois paliers en août 1975. Le fin du fin est l’apparition la même année que le Super Isodyne du graissage séparé (M3PRTSG, vous l’aurez compris, Petites Roues Télescopique Suspension Graissage) : un petit réservoir d’huile 2 temps installé entre le garde-boue et le porte-bagage permet de faire directement le plein en essence à la pompe, le mélange s’effectuant automatiquement, selon le type Autolube, comme sur certaines Yamaha contemporaines. Malgré l’intérêt pratique évident, ce modèle n’aura pas grand succès, car le mélange 2 temps est encore très présent dans les stationsservice et ne pose guère de souci d’approvisionnement… En janvier 1976, l’appellation Cady – désormais connotée – disparaît au profit du seul nom M3. De fait, la décoration latérale se modernise (nom Motobécane sur fond de hachures). Le M3 perdurera jusqu’à la fin du millésime 1977, remplacé en août par un nouveau cyclomoteur minimaliste, le M7.
Plutôt bien équipé d’origine, le Cady n’est pas radin pour la catégorie visée. Evidemment les sacoches ne font pas partie du lot de base…
Article paru dans 50 Power n°29 (octobre 2025), pages 16 à 21.
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