Texte Thibaut Amant, photos Vincent Lyky
Sortie de grange
Le Chappy est assurément la beach-bike qui aura connu le plus grand succès chez nous ! Pas étonnant, puisque dans son ultime version, le petit Yam’ fut disponible en boîte automatique, lui ouvrant une très large clientèle. On revient rapidement sur le petit brêlon avec l’exemplaire de Jean-Pierre pour illustrer, directement sorti de grange !
D’abord fut le Honda Monkey. Un engin rigolo, première « moto » de poche, utilisable aussi bien par les enfants que par les adultes pour peu qu’on soit un peu courageux à prendre des virages avec le bidule. L’idée est intéressante, mais il faut autre chose. Alors Honda propose le Dax : le toutou 4 temps pose le concept de la beach-bike, la bécane de plage, avec pneus façon ballons de petit diamètre, cadre poutre avec grand guidon et selle hyper confort, l’engin étant taille basse pour pouvoir être chevauché facilement un peu par tout le monde, de Mimie Mathy à Victor Wembanyama – si vous êtes entre les deux c’est quand même mieux… Tous les Japonippons s’engouffrent dans la brèche, Suzuki avec son VanVan, Kawasaki avec sa méconnue KV75, sans compte les Italiens toujours rapides à copier les bonnes recettes, passant simplement du wasabi à la bolognaise (Harley-Davidson Aermacchi X90, Graziella, Benelli Mini, Beta Minibike, etc)… Seulement tout ça est à boîte de vitesses, et la version 50 cm3 fait l’objet de peu de promotion (le Dax s’écoule mieux en ST70 et le VanVan en 90 cm3), sans compter que la poutre horizontale servant de cadre reste un obstacle non pas pour Dick Fosbury mais pour les minettes, qui en plein été n’ont pas très envie que les vieux libidineux au bar de la plage reluquent sous leur minijupe au moment d’enfourcher la bête…
Vieux motard que jamais
Heureusement il y a Yamaha. Beau dernier dans ce trip des beach bikes, le quatrième grand constructeur japonais investit seulement en 1973 le créneau avec un produit inattendu mais complètement abouti : le LB50/LB80, autrement appelé Chappy. Disponible donc en deux cylindrées, 49 et 72 cm3, cette petite machine combine absolument tous les avantages ! D’abord sa taille est extrêmement compacte, avec une ligne
Jean-Pierre brétoire
6 000 km sous la poussière correspondant cette fois à une mobylette traditionnelle (ou un scooter…), c’est-à-dire sans poutre entre le haut de la fourche et la selle : on peut tout à fait s’installer à bord sans soulever une patte ! Les demoiselles disent merci ! Le Chappy a tout de même un look bien à lui : avec ses larges mais petits pneus de voiturette de golf, ses garde-boue chromés très enveloppants, sa grande selle « banane » biplace, et son guidon haut perché, on le reconnaît entre mille. Esthétiquement, il y a aussi cette délimitation de la couleur de carrosserie, avec le pseudo repose-pied blanc central, très caractéristique avec sa grille d’aération moteur. En outre, l’engin est très pratique, avec son porte-paquet arrière, ses clignotants et sa signalisation largement dimensionnée pour être visible de tous. Le Chappy connaît un succès immédiat, au Japon, outre-Atlantique, et s’attaque à l’Europe un an plus tard ; mécaniquement, il correspond effectivement à la législation en vigueur : le premier type commercialisé, 1F1, a cependant une particularité, celle d’une boîte à présélecteur de vitesse manuel. Il s’agit en fait d’une vitesse courte et d’une vitesse longue, permettant de baisser le régime moteur sur du plat tout droit, à vitesse maximale… En France, le 550 débarque début 1975, équipé de pédales légalement qui servent de reposepieds (la mise en route est au kick ou au démarreur électrique), il se différencie aussi du 1F1 par sa selle monoplace.
On peut dire qu’il y en a qui ont un peu de bol. Jean-Pierre cherchait un Chappy pour pouvoir suivre son épouse qui roule en Peugeot 104. Pourquoi le Chappy ? Parce qu’il lui plaît, c’est tout. Sauf que… « Les recherches sont compliquées, c’est cher ou en mauvais état. Un jour je laisse un message sur un groupe Facebook pour dire que j’en cherche un. Un monsieur me renvoie une réponse : il en a un qu’il avait acheté pour sa fille quand elle avait 16 ans, elle en avait maintenant 47… Le Chappy était toujours dans son garage » explique Jean-Pierre qui se rend sur place : « Quand j’arrive, il sort le Yamaha couvert de poussière, mais avec 6 000 km d’origine et en superbe état. On fait affaire. Et je commence la remise en route : pneus, joints, carbu, vidange, bougie, etc. Les plastiques étaient à repeindre. J’ai fait faire l’immatriculation. Et voilà », poltrone Jean-Pierre. Désormais, notre amateur peut se rendre sur des sorties mobs avec son épouse et même la chienne Una, dernier périple en date Sancy Mob avec 180 meules présentes : « Une super ambiance, ça nous permet de rester jeunes ».
Beau dernier dans ce trip des beach bikes, Yamaha investit seulement en 1973 le créneau.
Presque jusqu’au xxie siècle
Focalisons-nous sur le marché français. En 1980, rien ne va plus : pour être homologué, un cyclo doit désormais être entièrement automatique avec pédales fonctionnelles ! Le Chappy comme les autres disparaît momentanément de la gamme, mais à la différence de la concurrence il revient deux ans plus tard
Fiche technique
Moteur
Monocylindre 2 temps refroidi par air, 49 cm3 (40×37,7 mm), 3 ch à 5 000 tr/mn, rapport volumétrique 7,6 :1, graissage séparé, un carburateur Mikuni
Transmission
Boîte à rapport unique, avec pignon en prise constante – Partie cycle Cadre tubulaire acier
Freins
Tambours 110 mm
Suspension
Fourche télescopique, bras oscillant, amortisseurs hydrauliques
Pneus
400×8
Dimensions
Empattement 1,07 m, longueur 1,57 m, largeur 0,66 m
Poids
81 kg – Vitesse maxi 45 km/h.
après avoir opéré sa mutation transgenre, dans sa version 13F, la plus courante finalement chez nous : tout automatique désormais, sans son fameux présélecteur de vitesse, il est muni aussi de pédales pour un millésime seulement, puisqu’en 1983 il n’est alors plus obligatoire d’en avoir sur un cyclo en France. Il sera alors doté de repose-pieds classiques. Et revoilà le Chappy lancé pour une deuxième carrière qui va l’emmener jusqu’à… 1996 ! La demande en toute fin de carrière demeurait toujours aussi intéressante commercialement – les camping-caristes restent de fervents amateurs – mais l’engin ne passe plus les normes antipollution. Avouons-le, les scooters 50 se sont aussi largement multipliés et remportent les suffrages des jeunes pilotes, garçons ou filles. Ainsi le Chappy sonnera la fin des beach bikes… Avant qu’un revival ne vienne sous la forme des répliques chinoises dans les années 2010 (Skyteam) et que les constructeurs ne relancent leurs VanVan et Dax mais en version 125 !
En acheter une
Des Chappy, il y en a plein à vendre. Tous chers, plus ou moins. On démarre avec une épave incomplète à 1 000 € pour finir par une machine complètement d’origine et restaurée à grands frais à 3 500 € : c’est le prix d’un beau cyclosport italien des belles années ! On ne note aucune différence de cote que ce soit un 1F1, un 550 ou un 13F, seul l’état compte… Et du mauvais état, il y en a beaucoup : c’était un des cyclos les plus tunés au monde. Avec le Dax. D’ailleurs, notre exemplaire du jour n’y échappe, vous l’avez vu, avec son pot Ninja pas topissime, mais pour trouver un bel élément d’origine… Car voilà, les pièces spécifiques NOS se font rares. Bref, un cyclo de passionnés qui ne veut rien d’autre que ça et qui est prêt à y mettre le prix de la mort qui tue.
Avec son grand guidon et sa grosse selle, le Chappy est confortable à conduire, et facile. Ce qui contribue à son succès.
Article paru dans 50 Power n°29 (octobre 2025), pages 22 à 27.
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