Texte Thibaut Amant, photos Vincent Lyky
Quand Honda a sorti son Dax et Suzuki son VanVan, une mode s’est créée autour de ces fameuses « pocket bikes » ou autres « beach bikes »… La SICMA, entreprise française sise à Vitrolles, a ainsi essayé de surfer sur l’engouement en proposant à son tour un petit engin bien sympathique : le Rocket Touring.
Le DAX de Vitrolles
C’est en 1955, à Alger, que Louis Naud fonde la SICMA, Société Industrielle Cycles Motos et Accessoires. Les événements de l’Histoire étant ce qu’ils sont, la famille Naud débarque à Marseille en 1962 et rebondit : la SICMA perdure à travers la société Naud Loisirs, et Jean Adroguer et Jacques Allouch sont à la manœuvre. L’activité principale de la SICMA est alors l’importation de la marque Malaguti, avec une première participation au salon de paris en 1966. Le marché du cyclomoteur aborde les années 70 avec un essor considérable et la SICMA parvient en 1973 à écouler jusqu’à 20 000 modèles ! En 1971, ce sont de nouveaux locaux qui sont occupés à Vitrolles et face à la timidité de Malaguti à vouloir se renouveler (les moteurs Morini commencent à être anciens), la SICMA lance en parallèle sa propre marque, Rocvale, et ses propres modèles, constitués d’assemblage de pièces et accessoires italiens d’origine diverses, et notamment des moteurs Minarelli… On ne fera pas ici toute l’histoire des modèles Rocvale ; mais le succès est là, et la SICMA entreprend de proposer des cyclos dans toutes les niches prisées par la jeunesse. Ainsi, avec l’émergence des Honda Dax et Suzuki VanVan, l’on se dit au milieu des années 70 qu’il y a une carte à jouer…
Moteurs au choix !
Pour proposer un concurrent, on crée deux sous-marques ! Quelle pertinence commerciale ? Difficile à dire. Estimons qu’il s’agissait d’une manœuvre fiscale et sans doute de s’assurer de l’approvisionnement de moteurs, qu’il s’agisse de bloc Morini ou Minarelli, au-delà de la marque Rocvale. Il s’agira de Rocket et Rocking. Là, ça se complique un peu, car la gamme est diversifiée pour pas grand-chose : d’abord vous avez le Touring X-RX, qui propose un bloc Minarelli vertical, ensuite vous avez le Touring RT, sur la même architecture, mais avec un bloc horizontal Morini, on va revenir sur ces deux modèles, vedettes de notre article. Suit le Rocking, dont le style préfigure un peu le Yamaha Chappy ou bien se trouve en concurrence avec le Peugeot GL10 et qui adopte uniquement le Morini horizontal (le Rocking deviendra ensuite un modèle Malaguti !). Enfin, véritable doublon des modèles Rocvale, le Rocket Sporting RS est un cyclosport traditionnel (guidon bracelet, selle dosseret, long réservoir) à bloc Morini horizontal et on se demande bien ce qu’il vient faire dans cette gamme
En acheter une
Les Rocket ne sont pas aussi courants qu’un VéloSolex, c’est certain, mais on en trouve. Il y en a toujours deux ou trois en vente en même temps. Le problème, c’est de savoir dans quel état… En général, on compte assez peu de restaurations poussées sur ces machines. Du fait d’une méconnaissance de ce genre de mécaniques italiennes, mais aussi parce que les pièces cosmétiques sont difficiles à trouver. Les Rocket restent donc dans leur jus, roulants ou pas. Souvent très et mal bricolés. Ce qui fait que la cote moyenne est soutenue (rareté, engin fun…) mais pas mirobolante non plus : entre 1 500 et 2 000 € vous trouvez un Rocket immatriculé, qui roulera bien jusqu’au coin de la rue… Comptez tout de même 3 000 € au moins pour du assez beau et fiable. Parfois plus, mais il faudra le justifier.
La SICMA va créer les marques Rocket et Rocking en plus de Rocvale.
De nombreux détails sont spécifiques au X-RX.
de beach bikes… C’est en 1976 que tout ce petit monde débarque à la vente. Et cela tiendra le temps que la législation française supprime un bon paquet de versions (loi de 1980 sur les mécaboites et les pédales). Ne subsisteront que les versions automatiques, jusqu’à la fin de l’activité de constructeur de la SICMA en 1982.
2X4 versions
Voilà donc les deux variantes du Rocket Touring. D’un côté vous avez donc le X-RX vite reconnaissable à son moteur vertical Minarelli. De l’autre, le RT, avec son non moins identifiable bloc horizontal Morini. A quelques détails de présentation près ce sont les mêmes machines pour ce qui du cadre, de la selle, des roues… Evidemment, la ligne d’échappement n’est pas du même côté. Pour chacune des deux variantes, quatre versions ! Pour le X-RX, vous avez le 210 (2 vitesses automatiques), le 310 (P3N à 3 vitesses à main), le 410 (P4P CS à 4 vitesses au pied) et le 610 (P6 CS à 6 vitesses au pied), disponible en cinq couleurs, rouge, bleu, vert, blanc et or. Pour le RT, on trouve le 110 (tout automatique), le 210 (2 vitesses automatiques), le 310 (3 vitesses à main), et le 410 (4 vitesses au pied). Mêmes couleurs que pour le X-RX. Si vous avez tout suivi et compris, bravo ! Les Rocket Touring connaîtront un petit succès sur deux ou trois millésimes, la loi mettant vite fin à l’euphorie, les versions automatiques ne parvenant pas à maintenir les ventes suffisamment.
Nos plus vifs remerciements à Xavier Chanetz de la société Le Minarelliste (leminarelliste.com, tél. 07 85 66 36 70), pour la mise à disposition de ses deux Rocket.
Le Rocket utilisera aussi bien des blocs Morini que Minarelli.
Outre la mécanique différente, le RT affiche ses propres accessoires cosmétiques.
Xavier Chanetz
Passion italienne Xavier, vous l’avez déjà croisé dans 50 Power : il nous avait présenté son magnifique Cimatti X15 il y a déjà quelques temps… Véritable passionné des cyclos-sport à moteur italien et notamment Minarelli, il en a fait son métier en créant une entreprise de fourniture de pièces détachées pour ces modèles, Le Minarelliste. Les Rocket Touring que vous avez sous les yeux sont à lui et bien d’autres machines encore, que nous sommes allés photographier et que vous découvrirez d’ici peu (des Otus sublimes…). Xavier a pas mal de projets concernant ces anciens cyclomoteurs italiens, et nous vous en reparlerons prochainement : il est question de la réédition d’une opération médiatique des années 70 réalisée chez lui en Provence, mais on y reviendra en temps et en heure… En attendant, si vous cherchez des pièces Minarelli, c’est chez lui qu’il faut aller !
Article paru dans 50 Power n°30 (janvier 2026), pages 60 à 65.
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