Texte Thibaut Amant, photos Vincent Lyky
La marseil laise
On trouve aussi parfois l’appellation Otus P6 Kit Polyester. Dans tous les cas, il s’agit d’un même cyclo-sport français à composants italiens mais cadre « maison », directement issu d’un savoir-faire « compétition », et qui aura fait rêver les adolescents français « connaisseurs » des années 70, notamment dans la région de Marseille. Un Otus P6 Kit est aujourd’hui un véritable must dans une prestigieuse collection de cyclos-sport… Et comme à 50 Power on ne recule devant rien, vous en aurez deux réunis ! De quoi se lever et chanter la Marseillaise !
La couleur orange pailletée était optionnelle. Notez le beau dosseret…
Assemblage de plusieurs pièces provenant d’Italie pour les accessoires, l’Otus est raffiné.
Même les derniers témoins de l’aventure Otus – et notamment l’un de ses dirigeants, Robert Dicorato (qui se confiait dans un vieux numéro de La Vie de la Moto en 1996) – ne savent pas l’origine du nom de la marque. La thèse d’une consonnance avec la marque automobile Lotus (prestigieuse et sportive) est celle qui demeure la plus plausible. Davantage en tout cas qu’avec la marque de papier toilette on l’espère… Loin d’être anglaise, la firme Otus est, plus que française,
Moteur
Monocylindre 2 temps refroidi par air, Minarelli P6 à balayage Schnürle, 49,9 cm3 (38,8×42 mm), 1,9 ch à 5 200 tr/mn, 2 Nm à 5 000 tr/mn, rapport volumétrique 9,5:1, carburateur Dell’Orto SHA 14-12
Transmission
Boîte 6 vitesses, embrayage multidisques
Châssis
Cadre tubulaire double berceau
Suspensions
Fourche télescopique, arrière amortisseurs hydrauliques télescopiques
Freins
Disque 240 mm AV, tambour 80 mm AR
Roues
2.25×18
Dimensions
Longueur 1,75 m, largeur 0,53 m, empattement 1,17 m
Poids
57 kg
Vitesse maxi
45 km/h.
marseillaise : le berceau du cyclo-sport française (d’origine italienne) dans les années 70, notamment grâce à la SICMA (importatrice des Malag’, et créatrice des fameuses Rocvale). Et à l’origine d’Otus, on trouve Jean-Pierre Matureaux, pilote chevronné catégorie 50cc dans les années 60, sur Itom. Au moment de raccrocher son casque, l’homme entreprend de construire une machine de sa « conception » et crée donc l’officine Otus dans un box du quartier de Mazargue dans le courant de l’année 1970. La « première » machine est un modèle compétition confié à un jeune pilote, François Granon, qui classe l’Otus très honorablement dans quelques courses de côte et autres épreuves locales. Techniquement, on pourrait estimer qu’il ne s’agit que d’un assemblage de pièces italiennes, moyeux Grimeca, roues Ceat, fourche Marzocchi, bloc Minarelli 4 rapports (P4), mais se serait faire fi du magnifique cadre double berceau qui est une pure création Otus, avec tout le feeling d’un pilote quant à sa définition…
En 1971, Otus s’est fait connaître localement, la demande existe, on change de raison sociale (EMSU) et on déménage pour un local de plus grande envergure, au 116 boulevard Villecroze dans le XIVe arrondissement de Marseille : 250 m2 d’ateliers, stockage de machines prêtes à être vendues et pièces, sans compter encore quelques box à rideau de tôle ondulée pour y ranger encore des pièces…
Une officine en croissance
Une gamme s’établit rapidement. Passons vite sur l’utilitaire automatique V1 Alpazur qui n’intéressera vite personne, pour nous intéresser d’abord à la machine de tourisme Grandavis P4, et surtout à sa variante Super Sport. Le Minarelli P4 qui l’équipe est totalement modifié, avec une grosse culasse à ailettage développé et un embiellage à deux cages à aiguille, tandis que l’allure du SS est déjà fantastique, avec son réservoir allongé, et son guidon bracelet. Le cadre est aussi une belle pièce : conçu et dessiné par Otus, il est fabriqué en tubes de 20 mm en Italie. Un article de Motorama de février 1971 annonce un assemblage de 30 machines par mois, au milieu de la décennie Otus grimpera à deux machines/jour. Sans être un succès capable de bousculer Motobécane, Otus se taille vite une belle réputation, malgré un prix de vente des machines assez élevé. Et un petit réseau commercial s’établit, d’abord dans toute la région sud-est, ensuite au-delà, avec un concessionnaire dans la région parisienne, à Ville -D’Avray dans le 92, au 33 rue de Versailles… À la tête de cette branche, on trouve Georges Matte. Celui-ci devient vite très proche de Matureaux, qui finit par lui revendre l’officine Otus aux environs de 1975-1976. Matte s’adjoint aussi les talents de Robert Dicorato qui devient son associé direct. C’est un peu auparavant que le P6 apparaît, en 1973…
L’ère P6
P6, puisque c’est le bloc Minarelli à 6 vitesses qui équipe désormais la gamme. Celle-ci a décidé d’oublier le modèle utilitaire sans aucun intérêt, ni commercial ni esthétique. En revanche, le modèle Tourisme est devenu GTS (toujours en P4), tandis que le Super Sport devient P6 Sport. L’on trouve aussi la Cross (une GTS à grand guidon haut, garde-boue tout-terrain, pneus crampons) bien ficelée, et les variantes TT dite Trial (blocs P4 ou P6 puis finalement seulement P6) au style adapté, et Enduro Cross (avec pot latéral haut) uniquement en P6… Enfin, tout en haut, la « Ferrari » de chez Otus, trône la P6 Kit – P6 Kit Polyester sur certaines brochures, ou encore P6 Sport Kit dans quelques articles d’époque… -, qui doit son nom à un ensemble réservoir-selle en polyester très fin (disponible en diverses couleurs, bleu, orange, jaune ocre, rouge, vert et des pailletés optionnels, bleu, vert, orange), tout en demeurant techniquement un P6 Sport (lui-même un P6 mais avec gros moyeux de 120 mm et amortisseurs arrière hydrauliques). Ça va ? Vous suivez ? Bien… 1978 marque un premier tournant dans l’histoire de la marque. Les affaires vont un peu moins bien (une mauvaise gestion des revendeurs), et seul le P6 Kit est disponible, notamment pour les compétiteurs. Sous l’impulsion de Dicorato, une tentative de diversification est tentée avec l’élaboration d’un trail mono 4 temps sur base mécanique Honda 500 avec ACT et partie-cycle sur mesure de chez Barigo.
On sent davantage les années 70 dans le dessin des accessoires comme les jantes, mais le Otus 3 se singularise aussi par sa mécanique spécifique, ici préparée d’époque…
L’évolution Otus 3 affiche une coque plus anguleuse et moderne.
Sur la même partie-cycle, un modèle pour le motocross à bloc 2 temps Hiro est aussi commercialisé. Un trail routier classique de 125 cm3 a aussi été éphémèrement proposé. Mais ça ne suit pas à divers niveaux (construction, commercialisation…). La loi sur les cyclomoteurs à boîte de vitesses de 1980 met finalement un terme à l’aventure, qui n’aurait de toute façon pas duré davantage. Dommage…
En acheter une
Bonne chance ! On n’en connaît pas à vendre. Et quand ça se vend, c’est entre initiés, connaisseurs, par chuchotement dans l’oreille du voisin. Ah, tiens, à l’heure où on écrit ces lignes, il y en a une sur LBC : une P6 ex-compétition avec un bloc porté à 12 ch ! Elle est assez belle et proposée à 4 000 € avec un carénage intégral artisanal. Ça vous donne une idée du prix d’une P6 Kit nickel et d’origine comme les nôtres : comptez dans les 6 000 € sans doute… Les pièces mécaniques sont disponibles grâce à leminarelliste.com. En revanche, le cadre est spécifique tout comme le réservoir-selle coque : il faut que ce soit en très bon état ! Le reste des pièces est trouvables, ce sont des génériques italiens d’époque. Une Otus, ça se mérite…
Deux P6 KIT rien que pour VOS yeux !
Car quand on regarde et qu’on essaie les deux machines présentées dans ces pages, on se rend compte combien les Otus étaient de superbes machines. La orange pailleté est un P6 Kit de 1973, dit « Otus 2 » avec moteur à petit entraxe, tandis que la rouge est un P6 Kit sur base « Otus 3 » (moteur grand entraxe) de 1977 avec un kit haut moteur Simonini CCM et des roues Grimeca en aluminium d’origine ! Les deux machines sont la propriété de Xavier Chanetz, que vous commencez à bien connaître si vous êtes un fidèle lecteur de 50 Power (il ne saurait de toute façon en être autrement…), puisque ce passionné (et le mot est faible…) est aussi à la tête de l’officine Le Minarelliste (leminarelliste. com), bien connu par les collectionneurs de cyclos italiens pour trouver des pièces de qualité… Et d’ailleurs, Xavier a un projet un peu dingue, celui de reproduire un parcours comparatif entre divers cyclossport et paru dans la revue Motocyclisme au début des années 70. On ne vous en dira pas plus, mais 50 Power sera là quand il le faudra pour immortaliser ce périple de 360 km environ !
Article paru dans 50 Power n°31 (mars 2026), pages 38 à 45.
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