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Carburateur SHA15 : repros ou origine ?

J’ai monté une copie de carburateur SHA 15 sur mon cyclo ! A la lecture de cette phrase, certains d’entre vous seront directement pris de convulsions, certains resteront dubitatifs alors que d’autres, encore, se reconnaitront tout simplement. Moi qui ai testé plusieurs modèles…

Texte et photos Xavier Crouzet

J’ai monté une copie de carburateur SHA 15 sur mon cyclo ! A la lecture de cette phrase, certains d’entre vous seront directement pris de convulsions, certains resteront dubitatifs alors que d’autres, encore, se reconnaitront tout simplement. Moi qui ai testé plusieurs modèles de différentes factures plus ou moins bonnes, je peux vous assurer que tout n’est pas si mauvais (ou presque) dans le monde de la copie.

Cette Peugeot TXR 50 qui a participé à l’enduromob de Lentilly en 2023 est équipé d’une copie de carburateur SHA15 acheté sur un site chinois dont je tairai le nom. Figurez-vous que celui-ci a toujours fonctionné parfaitement sans causer le moindre problème, même si avouons-le, les mi-gaz sont un peu « ratatouillesques ». En revanche, haut régimes et ralenti impeccable.

QUE valent les copies de SHA 15 ?

J’ai décidé de vous faire un comparatif origine vs copie en prenant pour exemple le carburateur Del’Oorto SHA15 car c’est probablement le carburateur le plus utilisé dans le monde du 50 cc. Très simple de conception, il se monte sur la plupart des machines, de plus il est très simple à régler, ce qui le place inévitablement comme l’option de remplacement favorite des amateurs de cyclos. Pas d’aiguille, pas de vis de richesse (enfin, en général), pas de vis d’air non plus, rien. Les seuls réglages possibles, sont le ralenti et la taille du gicleur. Son fonctionnement est en général satisfaisant, d’ailleurs on l’a vu monté d’origine sur un grand nombre de machines depuis les années 70. Il existe néanmoins de nombreuses versions dans la gamme Dell’Orto, le fabricant originel. On y trouve différents diamètres de passage d’air, allant de 10/12 à 13 pour le petit modèle monté sur les Piaggio Ciao, par exemple, et de 12 à 16 pour le modèle que nous allons tester. Vous trouverez également différentes possibilités de commande de starter et même des versions avec branchement de la durite d’huile du graissage séparé. Chez les « copieurs » on trouve principalement les modèles les plus courants, en 14 et 15 avec starter à tirette ou à câble, un détail auquel il faudra penser au moment de l’achat.Notre comparatif du jour va donc se concentrer sur cette version, en 15 mm le type de commande de starter n’influant pas sur le fonctionnement du carburateur, nous n’en parleront pas beaucoup.

Trois exemples de SHA15 avec des différences notables sur les cuves, capuchon de boisseau et système d’actionnement de starter.

Les tarifs

Le véritable carburateur Dell’Orto SHA15 se trouve généralement autour de 40 €. Pour le plus rare SHA16, il vous faudra dépenser 60 €, mais nous n’en parlerons pas ici car il n’existe pas en copie. Un vrai SHA15 fonctionnera bien sans surprise, la qualité de fabrication sera bonne et la longévité sans reproche. Un « faux » SHA15 coûtera en générale entre 20 € et 25 € suivant la source d’approvisionnement, mais attention, il existe plusieurs types de fabrications. Nos sites de vente en ligne proposent souvent leur version de carburateur « type » SHA15 sous leur marque « distributeur », tandis que si vous vous rendez sur votre site chinois favori (AliExpress, Temu…), vous serez surpris de trouver plusieurs choix avec des différences, notamment au niveau de la cuve et du couvercle du boisseau qui pourront être en alu ou en plastique. Le téton du branchement de la durite d’essence peut aussi varier de matière et l’angle peut différer. Mis à part ces deux différences visibles, il est parfois peu évident de se fier aux photos pour apprécier la qualité de la fonderie. Une fois la commande passée, il faudra attendre le déballage du colis voire le premier essai avant de se rendre compte du bien fondé de votre achat. Vous pourrez même avoir la surprise de déballer un SHA14, oui les mesures chinoises sont parfois fantaisistes.

Un carburateur deux fois moins cher, bonne affaire ?

Si l’on considère qu’un modèle original Dell’Orto fonctionnera parfaitement et ne vous causera aucun problème pour 40 € environ, on ne peut pas dire d’emblée qu’une copie à 20 ou 30 € sera totalement bidon. Comme je vous l’ai dit, il existe plusieurs fabrications sur le marché, toutes ne se valent pas forcément. En plus de cela, votre voisin qui acheté le même que vous pourra en être totalement satisfait alors que le vôtre vous laissera en panne sur le bord de la route pour des raisons qui vous dépassent. Les principaux défauts que j’ai noté sont des pointeaux qui fuient ou se bloquent carrément, des cuve en plastique qui se déforment, des joints de cuve qui gonflent et qui finissent par ne plus se positionner correctement dans leur gorge, des diffuseurs mal centrés et/ou avec des trous mal calibrés rendant le fonctionnement aléatoire (trous à l’accélération, consommation augmentée, réglage compliqué) des grilles de filtre à air qui nagent dans le carburateur voire des filtres à air qui tombent en route avec les vibrations. Autre problème que j’ai rencontré, un carburateur qui saute de sa pipe d’admission (copie elle aussi) même serré à fond. Obligé de mettre un coup de lime dans l’espace du « collier » de serrage pour gagner en mordant. Autant de

Entre le vrai Dell’Orto, ici avec la cuve en bon plastique, et les deux copies, on note une différence de qualité de centrage et de perçage du diffuseur. Si vous achetez une copie, privilégiez les cuves en alu. Le plastique chinois se déforme…

Notez la différence de système de starter avec commande par câble et levier au guidon donc, ou commande avec la tirette que l’on vient actionner directement au carbu. Elle saute toute seule lorsque l’on accélère à fond.

Une fois le couvercle de boisseau retiré, on peut observer la qualité de la fonderie. On trouve parfois des « gratons » dans les copies. Le boisseau est en plastique sur les vrais Dell’Orto, parfois en alu sur les copies, pas forcément mieux.

Le raccordement de la durite d’essence aussi en plastique ou en alu suivant les versions. Les deux cassent… Sous le couvercle, vous trouverez le tamis filtrant. Il n’est pas rare que les copies fuient de partout à cet endroit, joint de vis de mauvaise qualité, tamis mal ébavuré.

Côté starter, on peut également observer des différences de finition. Ici, la copie espagnole Arbeo à droite (licence Dell’Orto) semble avoir un starter plus profilé que le vrai.

Entre une copie et un vrai, pas de doute, le vrai aura un meilleur flotteur et un meilleur pointeau. Des sources de pannes ici aussi quand la finition est aléatoire.

Même la visserie pose problème sur les modèles chinois. Vis cruciformes inadaptées ou vis à tête fendues dans lesquelles les tournevis ne rentrent même pas…

problèmes que vous ne rencontrerez pas avec un vrai Dell’Orto. Il m’est arrivé une fois ou deux de faire un carbu avec deux en choisissant les bonnes pièces, mais là aussi, ce n’est pas toujours chose aisée car la compatibilité des pièces n’est pas garantie. J’ai déjà eu le cas d’un boisseau qui ne va pas dans un autre carburateur, et qui coince littéralement. Pour autant, j’ai toujours à peu près réussi à les faire tourner…

Conclusion

Si vous avez 40 €, prenez un vrai ! Si vous êtes un gueux et que vous n’avez pas le sou, alors il faudra peut-être bricoler un peu. Ce ne sera sûrement pas méchant, mais ça vous prendra un peu de temps et ça risque de vous faire sacrément marronner le jour de votre balade annuel quand vos potes vous laisseront sur le bord de la route. Il est bien aussi d’avoir quelques pièces d’avance, des vieux carbus qui trainent, ça vous aidera peut-être. Comme dirait un ami qui se reconnaitra, « le prix s’oublie, la qualité reste » ; ma grand-mère, elle, me disait, « on n’est pas assez riche pour acheter du premier prix », parce que souvent, faut l’acheter deux fois pour que ça marche…

Les cuves sont aussi des sources de pannes pour les modèles chinoise en plastique. Elle se déforment, les joints gonflent et ne rentrent plus dans les gorges, fuites assurées. Pour les copies, privilégiez des cuves en alu.

Les grilles de filtre à air ne tiennent quasiment jamais sur les copies. Elles nagent dans le corps du carbu, alors que sur les vrais il faut faire levier avec un tournevis pour la retirer. Le petit ressort qui tient le couvercle de la boite à air est souvent trop lâche. Il m’est arrivé deux fois de perdre le filtre complet sur la route. En général, on ne s’en rend pas compte…

On trouve énormément de Motobécane et Peugeot avec des modification de carburation. Beaucoup de propriétaires ont remplacé leur vieux Gurtner âgé par un SHA15 qui offre des performances légèrement supérieures pour un prix modique. Il faut changer aussi la pipe d’admission. Cette AV88 dispose d’un modèle avec réglage de richesse. Peu convaincant, ce réglage n’a presque pas d’incidence sur le fonctionnement. Ce carbu nous a laissé sur le bord de la route aux Meules de Savoie 2023, il s’était un peu dilaté et ne tenait plus sur la pipe. Nous avons pu rentrer en le remboitant tous les 10 km. Une fois l’écartement du collier de serrage un peu agrandi à la lime (pas trop, sinon on casse au serrage), il a pu reprendre du service. Encore une belle exclusivité des copies.

Cette Fantic clubman 50 dispose d’un SHA14 d’origine, ce carburateur a équipé un grand nombre de machines depuis les années 70. Les Minarelli AM6 ont beaucoup été équipé de SHA par exemple.

Article paru dans 50 Power n°32 (juillet 2026), pages 48 à 53.

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